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Changement de paradigme à venir dans l'InsurTech ?

L’essor des big data et du deep learning entraine avec lui des perspectives certaines de développement, et aussi des craintes chez beaucoup de citoyens. Dans le domaine de l’InsurTech, la prédictibilité assurantielle rendue ainsi possible ouvre la voie à des disruptions majeures, qui imposent une redéfinition des méthodes actuarielles, et du métier d’actuaire lui-même, pendant que les citoyens se trouvent face à une réalité qui n’est pas sans évoquer Minority Report – et dont on conçoit facilement l’angoisse qu’elle peut générer en alimentant tous les fantasmes de Big Brother dominant le monde.

Face aux craintes exprimées par les citoyens, les acteurs de l’économie numérique subissent aujourd’hui les encadrements législatifs.

                Les compagnies d’assurance traditionnelles doivent évoluer pour prendre en compte l’apparition des nouveaux acteurs du secteur (Vitaly, Admiral, RoadBScore…), qui tous proposent des usages innovants pour encadrer ou prédire le risque. Des questions éthiques, et bientôt juridiques, se posent cependant : quelle liberté pour les assurés ? quelle marge de manœuvre pour le particulier face aux compagnies ? quel respect des données personnelles ? Les pouvoirs politiques s’efforcent d’encadrer ces pratiques, et en mai 2018, l’Union Européenne fera entrer en application son règlement visant à « renforcer les droits des personnes [et] responsabiliser les acteurs traitant les données ».

                Deux choses à partir de ce constat :

1)                  les compagnies subissent, à l’heure actuelle, les décisions politiques, malgré une activité intense (et coûteuse) de lobbying, dont le résultat est toujours incertain ; et

2)                  les citoyens subissent également des mutations auxquelles ils ne sont pas associés, voire dont ils n’ont pas connaissance, et qui leur font redouter – et potentiellement s’organiser contre – les nouveaux usages.

                Ces deux points doivent amener à réfléchir autrement à la manière dont le secteur se développe, et il y a fort à parier qu’en parallèle des innovations techniques, voire structurelles, en cours dans le secteur, les licornes de demain seront celles qui auront su analyser la situation et en tirer tous les enseignements.

Une demande forte : la transparence et le dialogue sur les nouveaux usages, et l’anticipation des évolutions à venir.

                Par rapport à la régulation à venir, les compagnies ont tout à gagner à associer les différents acteurs du secteur, y compris les assurés, à l’élaboration de règles partagées par tous. Cette démarche permettrait d’anticiper les évolutions législatives, voire de leur donner forme. Il est particulièrement difficile pour le pouvoir politique de légiférer sur ces questions, et des propositions raisonnables issues à la fois des entreprises du secteur et de leurs clients auraient toutes leurs chances de se retrouver telles quelles dans les projets de loi. C’est pourquoi il apparaît nécessaire dès aujourd’hui, de constituer des comités d’éthique, constitués de représentants des assureurs, des start-ups du secteur, des associations de consommateurs, d’experts juridiques et éthiques, dont le rôle serait de :

1)                  proposer des manières transparentes d’encadrer les nouveaux usages ;

2)                  favoriser le dialogue assureurs / citoyens et apaiser les débats ;

3)                  anticiper les évolutions à venir.

Pour les citoyens, on mesure sans difficulté l’intérêt de tels comités. Pour les compagnies, on voit facilement que le gain principal tient dans la capacité à prévoir et anticiper, mais aussi dans la rencontre avec les aspirations citoyennes de transparence, d’équité et de contrôle de leur vie numérique.

Aller dans le sens de l’histoire :  promouvoir le droit à l’autodétermination numérique, et l’humanisme numérique

                Ce dernier point invite à réfléchir à une autre approche, beaucoup plus radicale celle-là. Le sens de l’histoire semble être à présent d’aller vers plus de maîtrise de ses données numériques de la part de chacun. On parle ainsi d’un droit à l’autodétermination numérique, et d’un humanisme numérique. Ces deux demandes fortes peuvent donner naissance à une véritable révolution dans le secteur : et si les start-ups inventaient un modèle qui ne soit pas exclusivement au service des compagnies d’assurance, mais qui permette au citoyen de reprendre véritablement le contrôle ?

                Le changement de paradigme dont il est question ici est le suivant : les données personnelles du type profil Facebook, données bancaires, etc. sont aujourd’hui utilisées soit à l’insu de leur propriétaire, soit de manière peu claire pour lui, en tout cas toujours par les entreprises (ciblage publicitaire de Google, par exemple, scorings en tous genres, etc.), le propriétaire de ces données n’ayant en somme qu’à indiquer son consentement pour un usage qui lui est souvent imposé. Demain, ce peut être le propriétaire des données qui décide de l’usage de celles-ci, pour son propre avantage.

Qu’adviendrait-il si les assurés eux-mêmes étaient en mesure de déterminer leur niveau de risque ?

Une illustration le dira mieux qu’une longue explication. Aujourd’hui, c’est par exemple l’assureur auto qui impose un scoring à ses futurs clients, pour déterminer leur niveau de risque au volant. Demain, les futurs assurés pourront établir eux-mêmes leur propre score, pour s’en prévaloir auprès des assureurs qu’ils auront sélectionnés, et ainsi peser sur le montant de leur police. La vraie question pour l’assurance, qui reste à ce jour posée, est qu’adviendrait-il si les assurés eux-mêmes étaient en mesure de déterminer leur niveau de risque ?

Un changement de paradigme majeur à anticiper : Big Brother, l’ami du citoyen.

                Ce nouvel usage peut s’étendre à de nombreux secteurs : assurance, on l’a vu, mais aussi banque, location immobilière, prêt de véhicules, de matériel, de logement, réservations en tous genres, etc. Partout où un risque se présente, le scoring auto-administré par l’individu pourrait lui permettre de faire valoir son indice de confiance, et redéfinir les rapports entre les différents acteurs de relations fondées sur la confiance. Dans ces conditions, Big Brother est appelé à devenir l’ami de chacun.

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